Les étoiles se battaient les unes avec les autres pour obtenir leur place dans un ciel d'encre.
Comme nous, elles étaient nombreuses et brillaient d'une façon différente, et comme nous, elles étaient à des milliers d'années lumière de tout. De la Terre, de la vérité, de la vie.
Succession de jours ordinaires, nous faisions la paire. Et pourtant, ce n'est pas avec toi que j'ai avancé.
Je dirais plutôt que l'on stagnait tous les deux, à être trop bien et pourtant si mal, à nous croire invincible alors que nous n'étions rien, finalement. Nous avions des rêves criblés de fautes, de fuites et d'évasion.
Mais à force de courir, encore et encore, on a fini par se casser la gueule, littéralement.
Tu as attrapé un caillou dans la chaussure, sur le chemin de la vie. J'ai voulu te suivre, mais tes pas reculaient les miens. Il fallait bien que l'un gagne la course. J'ai pensé t'attendre, j'ai essayé, mais je n'ai pas pu.
Pour la première fois, je te demande pardon. Pardon à toi qui m'a fait souffrir.
Egoïstement, je suis tombé dans cette spirale.
Pardon à toi qui m'a vu courir, alors que tu ne parvenais plus à avancer.
Pardon de t'avoir aimé si mal, mais de t'avoir aimé quand même.
C'était un soir de Juin, on s'était assis sur un banc à l'orée d'une forêt.
La valse de l'été entamait ses premières notes aigrelettes, douces et mélancoliques.
Les pluies diluviennes avaient laissées un champs magnifique, bordée de mille fleurs qui balançaient leur corolle sur un fond de vent glaçé.
- Marilyn, ou est-ce que tu te vois dans 10 ans ? m'avais-tu demandé.
Je détestais évoquer l'avenir, cette peur qui me rongeait et dont je n'osais te parler.
- Je ne me vois pas, je n'arrive pas à me voir. Et toi?
- Je me vois dans un champs, comme ici. Avec toi.
Menteur.
A cet instant , tous mes doutes s'étaient évanouis, mais quelque chose me disait que c'était la fin.
De tout, de nos escapades, de nos cigarettes éparpillées un peu partout, de ces mots abstraits.
J'ai pris mon chevalet, je l'ai installé à côté de nous et le fusain ne dessinait rien.
Ce n'était pas l'inspiration qui manquait, mais rien ne m'évoquait cette situation dans laquelle nous étions.
Aucun dessin ne représentait ce que nous vivions. C'était plus qu'indescriptible, c'était un souvenir qui devait,
je le sentais, rester flou, inerte.
Alors j'ai dessiné une infinité de choses qui ne ressemblaient à rien, simplement pour marquer cette journée, cette soirée d'été aux notes larmoyantes.
Le croquis était desastreux, tu t'es moqué de tous ces points qui se chevauchaient.
- Pourquoi des points Marilyn?
- Pourquoi pas?
- Je croyais que tu détestais que je dise ça, tu m'as fait en souriant.
Ce sourire amer, désuet, incroyable, je le connaissais par coeur.
Ton visage, chacunes de ces expressions, étaient imprégnées depuis le premier jour, ou l'on s'était rencontré, sur les bancs de l'orphelinat. Ce premier jour qui marquait le début de quelque chose dont nous ne connaissions rien, de ce rien dont nous connaissions tout.
- Quand est-ce que tu arrêteras ces peintures spectrales, Marilyn? Fais moi quelque chose de sensationnel, d'agréable, s'il te plaît.
Mon dernier croquis c'était toi, sur ce banc teinté de graffitis.
C'était toi, une cigarette au coin de la bouche,toi qui regardais ailleurs.
Toi qui savait, que tu étais déjà loin.